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Définir et esquisser une histoire du journalisme, même brève, en quelques lignes ou en un nombre nécessairement limité de pages, peut être une tâche difficile et excessivement circonscrite.

En effet, ce sujet se caractérise par son vaste contenu interdisciplinaire, ainsi que par une histoire longue et extrêmement variée.

Une approche de cette discipline, également dans le domaine académique, nécessite l’acquisition d’une solide connaissance, non seulement historique, et d’un profond et large dépôt culturel pour comprendre les expressions et les contenus exprimés et discutés sur le papier imprimé (et aussi sur d’autres médias de masse : radio, télévision, web), dans les différentes périodes historiques.

A la lumière de ces prémisses, il est donc nécessaire de souligner les difficultés que l’on peut inévitablement rencontrer en abordant l’étude de l’histoire du journalisme sans un bagage historique adéquat, entendu non seulement comme la possession de données génériquement notionnelles, mais surtout comme la capacité de les corréler dans un réseau de connaissances multidisciplinaires.

D’autre part, une historiographie qui place l’analyse des sources journalistiques au centre de son étude impose au chercheur l’exercice d’une bonne dose d’empathie, pour tenter d’entrer en relation profonde avec le rédacteur des pages d’un vieux journal, d’il y a des années ou des siècles, qui exige une attention minutieuse dans sa manipulation, car il est souvent sur le point d’être réduit à de minuscules fragments, d’être irrémédiablement perdu, avec les idées et les émotions qu’il voulait transmettre.

Il serait donc réducteur de condenser dans un petit espace un regard sur l’histoire, qui autrement devrait être complexe et très articulé.

Pour ces raisons, il semble plus approprié de présenter seulement quelques lignes directrices et quelques idées qui, bien que dans un parcours historique précis, peuvent mettre en évidence la naissance, la croissance et la diffusion du journalisme dans notre pays.

Ainsi, ceux qui souhaitent approfondir le sujet, en recherchant des contenus plus spécifiques, pourront disposer d’une connaissance de base générique de la discipline, dans ses traits fondamentaux.


Origines

 

Le journalisme, perçu comme un besoin d’information, comme un partage de connaissances, confond ses origines avec l’essor de l’histoire, comprise comme la documentation des événements humains.

Il faut se souvenir de quelques figures typiques de l’antiquité classique, en Grèce le khrux, à Rome les praecones et les calatores, fonctionnaires publics chargés de déclamer les nouvelles civiles et religieuses, et les subrostrani qui, près du Forum, fournissaient contre rémunération des informations et des indiscrétions de toutes sortes, pour comprendre comment s’est enflammée la soif de nouvelles du public, destinées à être déposées dans la documentation écrite, à travers, par exemple, l’acta diurna et l’acta populi.

Le tournant dans la diffusion de l’information a sans doute été offert, vers la seconde moitié du XVe siècle, par l’apparition et la diffusion de l’imprimerie, invention attribuée à Johann Gutenberg.

Avant cela, déjà tout au long du Moyen Âge, il y a eu un travail constant de transmission des connaissances.

Nous devons la préservation et l’accès à la culture classique ancienne aux transcriptions amanuensis des moines.

Mais il y avait aussi le travail quotidien, souvent méconnu, de ceux qu’on appelait les menanti, véritables ancêtres des journalistes, qui écrivaient à la main des notices, mercuri, ebdomadari, etc., destinées à des lecteurs encore peu nombreux, mais déjà pleines de nouvelles quotidiennes et de chroniques minutieuses, utiles pour mieux décrire et aider à comprendre l’âme d’une époque trop souvent et hâtivement définie comme sombre et incolore.


L’ère moderne

 

Les premiers journaux d’information sont nés, recueillant les résultats positifs de l’impression d’avis, de feuilles volantes, de brochures, etc., dans l’Europe du Nord protestante, vers le milieu de 1600.

Leur format était petit, ils étaient divisés en quatre feuilles, ils avaient une apparence plutôt sobre, mais ils ont commencé à avoir une périodicité régulière, d’abord hebdomadaire, puis, progressivement, quotidienne.

Ils avaient également un titre, qui les distinguait, souvent peu attrayant, mais révélateur de leur contenu.

Mais surtout, ils s’adressaient à un public bien défini.

Ces premières expériences journalistiques structurées sont apparues, avec un caractère systématique et à cette époque, non par hasard dans la florissante Anvers, capitale de la Flandre, région traversée par un impétueux progrès économique et la croissance corrélative d’une bourgeoisie commerciale moderne, avide d’informations pour son commerce, et dans la ville d’Augsbourg, ancienne capitale impériale, siège d’une prestigieuse université et base commerciale de la dynastie des Fugger, les banquiers des empereurs.

Les gazettes se répandent rapidement dans toute l’Europe de l’absolutisme, bénéficiant du “privilège” que leur accordent les rois et les souverains, une forme de droit à la diffusion exclusive des nouvelles, y compris celles concernant la vie des cours, mais subissant, en fait, le contrôle rigide des autorités.

A côté de ce journalisme, fait de nouvelles, l’époque moderne est aussi le berceau d’une information plus cultivée et raffinée, destinée à une élite intellectuelle, centre d’un riche débat culturel, qui se déroule autour de tous les domaines de la connaissance connue, traitant de thèmes certes littéraires et de culture classique, mais ne dédaignant pas non plus des interventions aiguës dans les domaines scientifiques et techniques.

Cette ferveur est décrite par le périodique français Journal des Sçavants (1665), le Philosophical Transaction, publié par la Royal Society de Londres, et les nombreux Giornali dei letterati, publiés dans diverses villes italiennes, dans lesquels le lecteur cultivé pouvait trouver de brèves et savantes critiques de livres récemment publiés, ainsi que des articles à caractère humaniste, souvent accompagnés de nouvelles sur les théories physiques les plus récentes.

En Angleterre, divisée entre esprits révolutionnaires et monarchies restaurées, désormais marquée par des caractéristiques parlementaires, dans le cadre d’un débat complexe sur la liberté d’opinion, la liberté de la presse et, plus généralement, sur l’exercice de la tolérance, un nouveau type d’information s’est développé, qui faisait référence à ces grandes questions, s’adressant à un public déjà mûr et sensibilisé.

Entre la seconde moitié du XVIIe siècle et la seconde moitié du siècle suivant, un nouveau type de journalisme est apparu dans ce pays, sous l’impulsion des esprits les plus brillants de l’époque, Defoe, Milton, Steele, Addison, qui s’intéressaient aux coutumes générales et à l’opinion publique.

Addison et Steele, en particulier, publient le très réussi The Spectator (1711), dans les pages duquel ils esquissent le tableau sociologique, économique et culturel de Londres à l’aube de la révolution mercantile et industrielle, en indiquant les mérites et les vertus d’une morale bourgeoise croissante, dynamique et affirmée. Il a également introduit la “fiction” dans le journalisme : le recours à un observateur non participant, au journaliste détaché des événements observés.

Cette attitude finira par devenir la caractéristique principale de la presse d’information britannique, du moins des plus autorisées et sensibles, déterminées à distinguer les faits des opinions et à s’efforcer d’atteindre une objectivité d’expression loin d’être facile.

Le journalisme de costume avait des épigones, certainement plus colorés, spirituels et pleins d’émotion, même dans la péninsule, surtout dans la tolérante République vénitienne.

Ici, Gasparo Gozzi, porte-drapeau de la classe aristocratique décadente, poussé en partie par le désir de défendre ses valeurs, en partie par la nécessité, décide de publier d’abord la Gazzetta veneta, puis l’Osservatore Veneto. A Venise, Baretti, un ami de Gozzi, publie la Frusta letteraria. De 1764 à 1766, les frères Verri et Cesare Beccaria, reflétant pleinement le nouvel esprit des Lumières, impriment le Caffè, point de rencontre entre le journalisme à forte connotation culturelle et la recherche littéraire, liée, dans ce cas, à une large élaboration des sentiments patriotiques et des idéaux bourgeois.

La Révolution française, en 1789, a produit, en France d’abord, puis dans toute l’Europe, un profond bouleversement politique, mais aussi moral et intellectuel.

Dans la description de ce qui s’est passé, il convient de prendre pleinement en compte, sur le plan historiographique, la synergie intime qui existait entre la presse et la diffusion des idées révolutionnaires.

Chaque club, chaque association politique avait un journal, qui énonçait et déclamait les proclamations, les idées, les programmes. Les chefs révolutionnaires, Danton, Marat, Sain Just, Robespierre, etc…, écrivaient quotidiennement des articles pour leurs journaux ; un camp polémiquait contre l’autre sur le papier imprimé, qui se répandait de Paris aux provinces de France, puis traversait les frontières, propageant son contenu. Dans les pages de ces journaux, les principes humanitaires ont été élaborés, mais aussi les erreurs et les horreurs d’un phénomène écrasant. Dans cette liberté d’expression et de participation, sanglante, réside la valeur la plus fondamentale de ce qu’a produit la Révolution.

Les publications étaient innombrables, certaines ont eu du succès et ont duré longtemps, d’autres ont eu une courte saison, souvent éphémères comme les idées politiques qu’elles défendaient, mais toutes, aujourd’hui soigneusement conservées dans les bibliothèques de journaux, servent à décrire, mieux que toute autre source historique, ce qui s’est réellement passé.

La Révolution enflamme tout le continent, provoquant la réaction intransigeante des gouvernements absolutistes.